Rien de moins ! Le Sénat a adopté un amendement prévoyant la mise en place, dès cette année, de mesures en faveur de la préservation des abeilles... Et il est temps !
Mise en ligne le 04/05/2009 - Dernière mise à jour le 04/05/2009
Rien de moins ! Le Sénat a adopté un amendement
prévoyant la mise en place, dès cette année, de mesures en faveur de la
préservation des abeilles. Si l’amendement est maintenu lors de l’examen en
seconde lecture de la loi du Grenelle de l’Environnement par l’assemblée
nationale, les abeilles bénéficieront de mesures sans précédent. Et il est
temps !
La population des ruches françaises et européennes s’est
effondrée, menaçant gravement la production apicole et la pollinisation
indispensable pour de nombreuses variétés de fruits et de légumes : selon
l’INRA, la production de 84% des espèces cultivées en Europe dépend directement
des pollinisateurs, qui sont à plus de 90% des abeilles domestiques ou sauvages.
Première mesure : L’apiculture devra se
structurer sous la bannière d’une interprofession et d’un institutscientifique et technique, chargé de
réorganiser le réseau d’épidémiologie et de surveillance. Même si les sénateurs
jugent prématuré de décider qui en assurera la direction, et avec quel degré
d’indépendance… Cette décision rejoint le vœu de l’agence française de sécurité
sanitaire des aliments (AFSSA) qui a publié en février un nouveau rapport sur
la mortalité « d’Apis Mellifera ».
Deuxième mesure : Le sénat, comme l’AFSSA, prône un
approfondissement des travaux de recherche appliquée sur les effets de
l’ensemble des substances chimiques connues sur les abeilles. Il a cependant
rejeté la proposition de débuter l’expertise par les neurotoxiques systémiques,
ces insecticides qui enrobent les semences, pénètrent la plante et sont
véhiculés par la sève, au motif que « de nombreux autres facteurs ont une
influence tout aussi importante ».
C’est dommage, car lever le doute sur ces semences apparaît
bien comme une priorité ! La controverse qui fait rage entre écologistes,
scientifiques, apiculteurs et fabricants de produits phyto-sanitaires, se
poursuit devant les tribunaux.
Les apiculteurs viennent ainsi d’engager un recours contre
l’utilisation dans l’Hexagone du Cruiser, alors que ce neurotoxique systémique
vient d’être interdit en Allemagne. Cela fait quinze ans que les apiculteurs
accusent des substances similaires, l’imidaclopride (principe actif de
l’insecticide Gaucho) et le fipronil (principe actif de l’insecticide Régent)
de provoquer des mortalités massives de butineuses.
Le Régent a été récemment mis hors de cause par la justice,
au grand dam des apiculteurs qui ont fait appel. Selon l’Union Nationale des
apiculteurs de France, l’interdiction du Régent et du Gaucho depuis 2004 aurait
freiné le phénomène. Pour certains scientifiques et apiculteurs, le responsable
serait plutôt à chercher du côté des parasites de l’abeille comme le varron et
les loques américaines et européennes qui envahissent les ruches ou encore le
champignon Nosema Cerenae. D’autres s’inquiètent de l’alimentation des
abeilles : l’agriculture intensive impose le même type de plantes sur de
grandes surfaces, fleurissant au même moment, ne laissant qu’ « un
plat unique » aux butineuses.
Une issue au conflit actuel est ardemment souhaitée.
Apiculteurs et agriculteurs s’opposent alors que leurs intérêts sont communs.
Dans une étude à paraître, Nicolas Gallai, du Laboratoire d’économie théorique
appliquée à Montpellier, a calculé que les pollinisateurs contribuaient chaque
année en moyenne à 9% de la production agricole française, soit une valeur de 2
milliards d’euros !
Loïc Chauveau – Sciences et Avenir Avril 2009
Et nous, que pouvons nous faire à notre niveau ?
Pour que les abeilles aient envie d’habiter votre jardin,
aménagezdes haies vives, des massifs
aux fleurs très diversifiées, quelques plantes sauvages et ne traitez pas
chimiquement. Ces insectes ont besoin de s’abreuver, emplissez régulièrement
des récipients disséminés un peu partout. Les plus connues sont les abeilles
domestiques ou sociales, formant d’importantes colonies, souvent élevées par un
apiculteur. Il existe des abeilles solitaires (dont les osmies et les grosses
abeilles charpentières) qui habitent les creux des troncs d’arbres ou de
souches. Voilà une bonne raison de ne pas éradiquer un arbre mort et de
l’habiller d’une plante grimpante. Aidez-les à nicher. Confectionnez des petits
fagots avec des tiges de bambous (ou d’autres tiges creuses) et posez-les à
l’abri des intempéries, sous une grosse pierre par exemple.
Si les abeilles disparaissaient, 70% de nos aliments
disparaîtraient aussi !