2010 : l’heure de faire des choix pour les nanotechnologies
Actualité de Capucine - Le 17/03/2010
ils sont, en général 500 000 fois plus fins que l’épaisseur d’un trait de crayon ! Apparues dans les années 1980 les nanosciences et les nanotechnologies prennent leur envol.
Mise en ligne le 17/03/2010 - Dernière mise à jour le 17/03/2010
Lancé en Octobre dernier, le débat public sur les
nanotechnologies sera clos le 23 Février prochain. La commission nationale du
débat public aura alors deux mois pour faire un bilan synthétisant les
différents échanges dans les 17 réunions organisées et les contributions sur
son site. Le gouvernement devrarépondre
dans les deux mois qui suivront. Il s’agit pour lui d’élaborer un cadre
permettant « d’assurer un développement maîtrisé de ces technologies tout
en mettant en œuvre le principe de précaution de façon pertinente et
dynamique » (Sciences et avenir de Janvier 2010).
Il y aura le même risque de partage radical, apparemment,
que sur le dossier OGM, entre ceux qui défendent cette recherche au nom de ses
avances techniques et de ses bénéfices économiques dans de multiples domaines y
compris la biologie et le médical et d’autres, très réticents devant une
recherche qui s’est développée sans que soient parfaitement connues les conséquences
de l’usage de ces « nanos », leur éventuelle nocivité, leur possible
combinaison avec des processus biologiques jusqu’à changer l’humain, leur trace
tellement discrète qu’elles pourraient servir à la surveillance des individus à
leur insu. Les questions sont réelles et vastes.
Si le « nanomonde » ne nous envahit pas encore –
il est présent dans 800 à 1000 produits manufacturés parmi des milliards – il
est en tout cas en train de se construire à la fois dans les laboratoires de la
recherche publique et dans les ateliers des industriels.
Objets « nains » par définition, ils sont, en
général 500 000 fois plus fins que l’épaisseur d’un trait de crayon !
En toute rigueur les scientifiques parlent de « nanomatériaux » et de
« « nano-objets » quand la structure est de dimension
nanométrique (un millionième de millimètre) dans au moins une des trois
dimensions qui caractérise un volume. Toutefois au-delà de cette définition
purement métrique, intervient le changement de propriétés physico-chimiques du
fait que la surface est très importante par rapport à son volume.
Ainsi, un nano-objet est généralement plus réactif plan
chimique que son homologue courant micro structuré (c'est-à-dire mille fois
plus gros).
Il peut aussi avoir une résistance mécanique, une conductivité
thermique ou électrique beaucoup plus importante. Sa capacité à s’associer avec
d’autres molécules peut-être modifiée et mise à profit, par exemple, pour
transporter dans l’organisme des médicaments ou capter des polluants dans
l’environnement, explique Eric Gaffet chercheur au CNRS à l’Université de
technologie de Belfort, Montbéliard et président du groupe d’experts «
Nanomatériaux et Sécurité au travail » de l’AFSSET (Agence Française de
Sécurité Sanitaire de l’Environnement).
Apparues dans les années 1980 les nanosciences et les
nanotechnologies prennent leur envol avec l’invention du microscope à effet
tunnel qui a permis de visualiser la surface de la matière et, sous certaines
conditions, d’en déplacer les atomes un par un. D’importants progrès ont eu
lieu ces 20 dernières années, tant pour caractériser les nanoparticules que
pour synthétiser des nanomatériaux qui, par définition, n’existent pas dans la
nature.
Là réside un double enjeu : un défi scientifique et
technique - la France
s’en sort bien avec sa place de 5ème rang mondial en nombre de
publications scientifiques – et, bien entendu, un défi économique en terme de
compétitivité et de création d’emplois.
Pour nombre d’observateurs trop de questions n’ont pas
encore de réponse.
En matière de santé des travailleurs les chercheurs de
l’INERIS (Institut National de l’Environnement Industriel et des RISques) ont
évalué les risques d’explosion et d’inflammation des principales nanopoudres
utilisées par les industriels. Il en ressort que les nanoparticules d’aluminium
sont fortement explosives. La petitesse leur confère une forte réactivité avec
l’air et donc une inflammabilité et une explosivité plus importantes
Les nanoparticules ayant tendance à s’agglomérer cela peut
conduire à une sous-estimation de la sévérité des incendies et des explosions.
Il convient donc de mettre au point de nouveaux outils de façon à mieux évaluer
les risques potentiels. En toxicologie les chercheurs ont testé in vivo chez
l’animal les effets de l’introduction dans la trachée-artère de nano tubes de
carbone. « Dans ces conditions expérimentales il apparaît qu’ils ne
franchissent pas la barrière pulmonaire et n’engendrent pas d’inflammation et
de modification anatomique du tractus pulmonaire ». « Dans l’air les
nanoparticules s’agglutinent très vite : leur durée de vie sous forme de
nanoparticules est limitée et il n’est pas sûr qu’elles soient inspirées »
(Vincent Laflèche INERIS).
Résultat qu’il convient peut-être de tempérer.
Des chercheurs de Bristol ont montré sur des cellules
humaines que même si elles sont protégées par une barrière cellulaire des
nanoparticules peuvent endommager l’ADN de ces cellules. En clair les
nanoparticules, dans certaines conditions, seraient génotoxiques.
La convergence entre les biotechnologies et les
nanotechnologies comporte-t-elle un danger de changer l’homme ?
Les puces RFID permettent de nous localiser. Technologies
encore du « micro » mais bientôt « nano », les puces
d’identification par radiofréquences dites RFID permettent certes la
traçabilité de quantité de marchandises mais aussi, et souvent à leur insu, le
suivi de tout citoyen ordinaire.
Quelles conséquences ces puces ou « tags » RFID
d’identification par radiofréquences ont-elles sur nos vies quotidiennes ?
Faisant partie d’un triptyque englobant un lecteur et un système informatique
de gestion, les puces miniaturisées et légères, sont intégrées dans plusieurs
de nos cartes : carte vitale, bancaire, de fidélité, de crédit ou de
péage, d’accès à un lieu réservé à telle entreprise ou à telle cantine, de
transport privé ou public comme le passe Navigo de la RATP ou de la SNCF …
Composant essentiel du système RFID, la puce renferme un
micro processeur, plusieurs mémoires et une ou deux antennes ; c’est alors
un puce passive. Si elle est aussi dotée d’une batterie, elle devient active et
augmente sa distance de communication. La puce passive doit être interrogée à
courte distance par un lecteur pour qu’il accède aux informations stockées dans
la mémoire. Tandis que la puce active peut livrer, de 1 à 10 m, voire plus, ses
informations à l’insu de son porteur, s’il passe à côté d’un lecteur. Plus
étonnant encore, certains lecteurs, qui ont la capacité d’envoyer des
instructions (ce sont alors de véritables micro-ordinateurs) peuvent modifier
les informations stockées. Toujours à l’insu de la personne.
Ainsi les passes Navigo « non protégés » mis dans
votre poche ou votre sac peuvent indiquer où vous êtes dans Paris, dans quel
magasin.
« Cette technologie fait une réelle menace sur la
démocratie. Rares sont nos déplacements, nos habitudes, nos préférences et même
nos pensées qui échapperont aux mouchards du plus grand réseau de surveillance
créé par l’homme « s’inquiète Michel Alberganti ingénieur et journaliste
scientifique.
Alors, vision catastrophiste ou simplement volonté d’alerter
le grand public afin de l’informer ou de lui indiquer qu’il peut, en partie, se
prémunir de ce système d’espionnage potentiellement liberticide ? (Ainsi
moyennant quelques euros supplémentaires, on peut obtenir un passe Navigo
protégé en empêchant que celui-ci soit lu à distance à votre insu).
Certes cette technologie est utile pour lutter contre le vol
d’articles ou de voitures, pour la traçabilité des marchandises, des bagages ou
des produits alimentaires. Pour le consommateur elle va améliorer le service
après-vente (réparations, remplacement des objets) et permettre aux patients
souffrant de maladies chroniques, d’allergies ou d’intolérance à certains
médicaments de stocker leurs dossiers médicaux.
Toutefois certaines applications ne sont pas indispensables.
Ainsi en 2008, une entreprise a commercialisé un lecteur grand public
permettant de connecter à internet tous les objets du quotidien (parapluie,
porte clefs) munis d’un auto-collant grand comme un timbre et comportant une
puce RFID.
« Votre parapluie pourra vous donner la météo, votre
sac à provisions vous rappeler de prendre le pain en sortant du boulot, ou une
boîte de médicaments, enregistrer les dates et heures des prises de
pilules » expliquait alors Rafi Haladjian cofondateur de la société.
« L’idée est que tous les objets communiquent, ce qui
pourrait être très intéressant pour les entreprises, poursuit-il. Si bien qu’à
terme la toile mondiale serait encombrée de milliards de milliards
d’objets-internautes, ajoute Michel Alberganti.
Côté juridique et éthique, il existe depuis Janvier 1978,
une loi protégeant les données personnelles. Mais l’évolution des techniques et
notamment celle des puces RFID, est telle que la commission nationale de
l’informatique et des libertés « veut organiser des auditions d’experts,
d’associations et de parlementaires, et suit de très près les rencontres du débat
national », explique Alex Türk son président.
« Nous devons préparer des recommandations, car les
parlementaires devront légiférer de façon spécifique compte tenu des risques
encourus par les citoyens » conclut Alex Türk.
Dommage que de jeunes contestataires aient empêché le débat
lors de la réunion qui devait aborder un sujet important : technologies et
liberté, réunion organisée à la Chambre du Commerce de Lille, le 19 Novembre
dernier.
C’était l’une des 17 étapes du tour de rance du débat public organisé
sur les nanotechnologies.